Du 2 février au 26 mai a lieu à Evian-les-Bains au Palais Lumière une exposition sur Paul Eluard intitulée "Paul Eluard, Poésie, amour et liberté"
Evian-les-Bains, le Palais Lumière
Le parcours de cette exposition se fait en 7 étapes :

- De Grindel à Eluard : l'enfance du poète à travers des photos et ses premiers poèmes signés sous son véritable nom : Eugène, Emile, Paul Grindel (il a ensuite pris le nom de sa grand-mère "Eluard")
- Le Surréalisme : on peut voir les cadavres exquis de l'auteur illustrés par Max Ernst.
- Ses amis peintres : Eluard avait de nombreux amis et non des moindres : Picasso, Man Ray, Léger... quelques-unes de leurs oeuvres sont exposées.
- Les arts sauvages : il s'agit ici de la collection personnelle de Paul Eluard (masques et statuettes africains, océaniens et amérindiens).
- Picasso, l'Espagne et Guernica : les deux artistes étaient très proches, Picasso a illustré des recueils du poète et celui-ci a accompagné le travail du peintre et a mené des conférences sur son ami.
- Poète et féministe : Gala, Nusch et Dominique ont successivement vécu avec Paul Eluard et elles l'ont influencé dans son art. Chaque recueil met l'une ou l'autre en valeur.
- Liberté : Le poème "Liberté" connu de tous est le symbole de la résistance, il a été traduit dans plus de dix langues et illustré de manières très diverses.
Eluard et Picasso sur la plage de Juan-les-Pins
J'ai beaucoup aimé cette exposition en particulier la partie "poète féministe" où l'on voit des photos d'Eluard en compagnie de Gala, Nusch ou Dominique. Chacune l'a inspiré à sa manière. Je retiens particulièrement une photo sur laquelle le poète et Nusch posent au soleil, l'ombre d'une canisse "zèbre" les amoureux, Nusch est radieuse. De grands panneaux sur lesquels des poèmes sont imprimés parcourent la salle. . C'est une exposition qui est très axée sur la vie de l'auteur (on peut même voir son bureau), peut-être un peu trop, les photos d'Eluard bébé n'ont pas beaucoup d'intérêt. De nombreux manuscrits sont exposés, c'est très intéressant car on peut voir les ratures, les hésitations de l'auteur sur l'utilisation de tel ou tel mot, parfois, c'est le sens complet d'une phrase qui est modifié, je trouve que voir les manuscrits donnent une âme à un texte, c'est très émouvant. L'exposition est tellement riche que j'y retournerai sans doute car je n'ai pas pu tout voir ni tout lire.
Lundi soir a lieu une conférence sur le dadaïsme dans l'art et la littérature, je suis inscrite, petit compte rendu donc sur ce blog mardi.
Je ne peux pas terminer ce billet sans citer ce poème :
Liberté
Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de
neige
J'écris ton nom
Sur toutes les pages lues
Sur toutes les
pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom
Sur les
images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des
rois
J'écris ton nom
Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur
les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom
Sur les
merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons
fiancées
J'écris ton nom
Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang
soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom
Sur les champs
sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des
ombres
J'écris ton nom
Sur chaque bouffées d'aurore
Sur la mer sur
les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom
Sur la mousse
des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et
fade
J'écris ton nom
Sur les formes scintillantes
Sur les cloches
des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom
Sur les
sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui
débordent
J'écris ton nom
Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe
qui s'éteint
Sur mes raisons réunies
J'écris ton nom
Sur le fruit
coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille
vide
J'écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses
oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom
Sur le
tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu
béni
J'écris ton nom
Sur toute chair accordée
Sur le front de mes
amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom
Sur la vitre des
surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris
ton nom
Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les
murs de mon ennui
J'écris ton nom
Sur l'absence sans désir
Sur la
solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom
Sur la
santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris
ton nom
Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né
pour te connaître
Pour te nommer
Liberté
Paul Eluard
in Poésies et vérités, 1942