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vendredi 27 septembre 2013

6000 nuits - Alain Borbé

L'histoire se situe à Boucainvillier, ville dans laquelle un dictateur, le Commandeur, a interdit la lecture. Esther, jeune fille qui habite cette ville, a un secret : elle est insomniaque. Evidemment, il ne s'agit pas de la petite insomnie banale que vous connaissez peut-être (moi, non ! mais ce n'est pas le sujet...) Bref, cette jeune fille n'a jamais fermé l'œil de sa vie !
Son oncle vient d'être emprisonné pour ne pas avoir respecté le couvre feu et il arrive à lui donner un carnet contenant des inscriptions étranges. Ce n'est pas tout, il lui dit de se rendre dans un quartier mal famé car quelque chose l'attend là-bas... Elle rencontre alors une société secrète, les Bienveillants et découvre pourquoi elle ne dort pas...

Ce roman pour la jeunesse (à partir de 13 ans) m'a beaucoup plu. L'écriture de l'auteur est fluide et agréable à lire. D'habitude, je n'aime pas les histoires fantastiques mais là, André Borbé a su me faire dépasser mes apriori : son histoire est prenante et même si le monde qui évolue sous nos yeux n'a rien de réel, j'ai été séduite. J'ai aussi beaucoup aimé le personnage d'Ester, sans mauvais jeu de mots, ses insomnies m'ont fait rêver !
Ce roman est un hommage au monde de l'écriture et de la lecture. Tout d'abord, le nom de la ville Boucainvillier est particulièrement bien choisi. De plus, la lecture et l'écriture sont les thèmes centraux de l'œuvre, de quoi réjouir les amoureux de littérature !
Il s'agit donc d'un roman que je recommande vivement, quel que soit votre âge à partir de 13 ans, vous passerez un très agréable moment.

J'ai lu ce livre dans le cadre du Prix littéraire des collégiens de Haute-Savoie.

Voici les premières lignes du roman :

« Marthe déposa son plumeau et ajusta la pile de livres posée au pied du petit bureau. Elle porta la main à son dos en poussant un soupir de soulagement. Elle aimait finir le ménage par cette pièce. Il n’y avait pas grand-chose à ranger dans la chambre d’Esther. Le lit jamais défait, l’oreiller sans un pli, les rideaux toujours maintenus dans leurs cordons de velours. Et pour cause, Esther ne dormait pas dans son lit. Ni dans aucun autre d’ailleurs. À l’âge de seize ans, elle n’avait encore jamais fermé l’œil de la nuit. »



Qui est André Borbé ?


André Borbé, l'auteur belge de ce roman, est ce que l'on peut appeler un artiste complet : non seulement il est écrivain, 6000 nuits est son deuxième roman (son premier s'intitule Le secret des brumes et est paru en 2007) mais il est aussi auteur-compositeur-interprète. Il a pendant longtemps chanté pour les enfants mais il chante aussi maintenant pour les adultes. Si vous souhaitez faire plus ample connaissance avec lui, voici son site internet.

vendredi 28 juin 2013

Bacha Posh - Charlotte Erlih

Nous partons avec ce roman en Afghanistan. Farroukh et sa bande d'amis rêvent de concourir aux jeux olympiques pour l'épreuve d'aviron et représenter leur pays. Ils s'entrainent avec leurs moyens modestes. Maude, une française, vient les aider à atteindre leur but, mais, étant une femme, l'équipe de garçons l'accepte difficilement. Progressivement, on devine que Farroukh est en réalité une fille, elle est une "bacha poch", c'est-à-dire une fille élevée comme un fils dans les familles qui n'en ont pas. Elle grandit, à la puberté, elle doit redevenir une femme et porter une burqa. On comprend bien que changer de statut, passer de la liberté à la soumission va être très difficile pour Farroukh qui va faire tout son possible pour résister.

Il s'agit d'un roman faisant partie de la sélection pour le prix des collégiens de Haute-Savoie.

J'ai eu un grand coup de cœur pour ce roman de qualité. Il est publié dans une collection jeunesse (actes sud junior) mais les adultes peuvent y trouver leur compte car les mièvreries que l'on rencontre malheureusement souvent dans ces romans sont ici absentes. L'intrigue est passionnante, à aucun moment je ne me suis doutée de la manière dont allaient évoluer les événements. Tout au long de l'intrigue je me demandais si Farrukh, qui en réalité s'appelle Farrukhza, allait parvenir à échapper au  destin qu'on lui a tracé et si ses amis allaient un jour découvrir la vérité. La fin m'a beaucoup émue.
A partir de la deuxième partie, le roman alterne le récit à la troisième personne et le journal intime de Farroukhza, non seulement cela rythme le récit mais cela nous permet aussi de comprendre ce que peut penser ce personnage dans cette période particulièrement éprouvante de sa vie.
Le père de Farroukh est un féru de littérature française, les références aux œuvres de notre patrimoine sont donc nombreuses, je pense par exemple à La Promesse de l'aube. Les livres ont leur importance dans l'intrigue, une amoureuse des livres comme moi ne peut être que comblée. La réflexion finale sur la littérature m'a touchée, je ne peux pas la révéler mais en voici une autre que j'ai beaucoup aimée, elle se trouve dans le journal de l'héroïne : "Les livres ne parlent que de ça : de ceux qui se battent jusqu'à faire triompher leurs désirs, de ceux qui, malgré leurs efforts, ne réussissent pas à faire plier la réalité, ou de ceux qui baissent les bras sans lutter. De ces trois catégories, les seuls vraiment malheureux sont ceux qui n'essaient pas. Qui renoncent. Qui subissent."

Une Bacha Posh afghane
De plus, cette lecture m'a fait voyager en Afghanistan, j'avais l'impression d'y être réellement, de partager le quotidien des Afghans car l'auteure nous parle de ce pays avec une grande intelligence. Elle a su éviter les clichés et quand elle décrit la condition des femmes, l'écriture reste sobre, les faits sont condamnable d'eux-mêmes, inutile de jouer dans le pathos car la force du discours vient de la simplicité. Il est extrêmement difficile de traiter ce sujet mais Charlotte Erlih y parvient avec une grande finesse. J'ignorai l'existence du phénomène des Bacha Posh, cette lecture est donc très instructive et permet de réfléchir.
Enfin, l'écriture est fine, fluide, agréable à lire elle contribue à rendre ce roman un bijou ! Quel que soit votre âge, je ne peux que vous encourager à le lire.

Voici un extrait situé dans le troisième chapitre, on peut percevoir l'amitié entre Farrukh et Sohrab ainsi que la sensibilité de la jeune fille déguisée :

"Accroupi derrière le métier à tisser, Farrukh noue les franges d'un tapis qu'il vient d'achever. La base du kilim est d'un rouge sang, que rehaussent des motifs géométriques aux teintes plus vives - orange, jaune, vert et blanc. A la vue de cette pièce délicate, Sohrab siffle, admiratif. Tentant de dissimuler le rose qui lui monte aux joues, Farrukh se penche pour rouler le tapis.
Quelques instants plus tard, les deux amis ont quitté la boutique de Malyar. Le tapis sous le bras, ils slaloment entre les Kaboulis qui s'empressent de regagner leur domicile avant le couvre-feu. Le labyrinthe du quartier commerçant n'a pas de secret pour eux, et ils progressent avec assurance dans ce dédale de poussière ocre."




mercredi 26 juin 2013

Le coeur n'est pas un genou que l'on peut plier - Sabine Panet et Pauline Penot

Ce roman jeunesse raconte l'histoire d'une famille d'origine sénégalaise. Ernestine est en 6e, sa classe présente à un concours une représentation de L'Ecole des Femmes de Molière, et sa grande sœur Awa est en 1eS et s'apprête à passer son épreuve de français au baccalauréat. L'été approche et les parents préparent une très mauvaise surprise pour Awa : ils ont prévu de l'emmener au Sénégal pour la marier. Evidemment, la jeune fille a construit toute sa vie ici, en France, elle a des amis, des projets et ne se voit pas mariée à 16 ans, qui plus est avec un homme qu'elle ne connait pas et donc qu'elle n'aime pas.Tante Dado décide de s'en mêler, aidée de la petite Ernestine et même du professeur de français, Marcel Mérindol, mais convaincre Khalidou, le père, ne sera pas simple car l'honneur de la famille est en jeu.

Ce roman, qui fait partie de la sélection pour le prix littéraire des collégiens de Haute-Savoie est assez plaisant, l'histoire est bien construite et prenante, j'avais envie de savoir comment Awa allais s'en sortir. De plus, j'avoue que c'est la première fois que je lis un roman dont le personnage porte le même prénom que moi ! C'était un peu bizarre au départ mais je m'y suis faite ! Chose un peu stupide, j'étais curieuse de savoir si cette Awa allait me ressembler ou pas, mais la psychologie des personnages étant assez simple, je ne m'y suis pas particulièrement retrouvée.
Un des thèmes abordés est évidemment la condition féminine, ce rappel avec L'Ecole des femmes jouée par Ernestine est judicieux. Le deuxième thème qui me paraît important est l'identité : Awa est née et vit en France mais ses origines sont ailleurs, où et comment se positionner ?
Je pense que ce roman pourrait être proposé à des adolescents qui ont quelques difficultés de lecture car il est simple, agréable à lire et l'intrigue ne présente pas de complexité particulière. En revanche, j'émettrais deux réserves. La première est très concrète : comme les protagonistes sont d'origine sénégalaise, on rencontre de nombreux mots dialectaux, or, l'édition ne présente ni notes ni glossaire, ce qui est très embêtant ! comment savoir ce qu'est le "Fouta" ou un "thiéboudienne" ? Il faut donc avoir internet à portée de main lors de la lecture, ce qui n'est pas très agréable. Les élèves se découragent parfois vite, pour éviter les "pff...c'est nul, y'a plein de mot qu'on comprend pas !", je serai obligée de palier à ce manque et de préparer moi-même un glossaire. Ma deuxième réserve porte sur l'histoire en elle-même, les clichés sur la famille africaine m'ont parfois agacée : le père qui parle à peine français, la mère avec son bébé toujours accroché à elle etc. rien de très moderne dans cette famille... Heureusement, Malick, le "futur mari", est ultra-branché et vient contrebalancer ces clichés.

Voici un extrait du "prélude" :

"Il était un peu plus de cinq heures quand Agathe et Awa arrivèrent devant les grilles fermées du Panthéon. La nuit s'éclaircissait. Awa s'assit sur le trottoir et déplia ses jambes longilignes. Dans son dos, les majuscules dorées du frontispice proclamaient :
"AUX GRANDS HOMMES :
LA PATRIE RECONNAISSANTE"

- Tu penses à ce que je pense ? gloussa Agathe en se laissant tomber à côté d'elle.
La rue Soufflot déserte faisait comme un toboggan vers le Luxembourg, pile dans l'axe du lever du soleil.
- Carrément. Je regarde la bibliothèque Sainte-Geneviève et je me dis : plus qu'un an et demi, et on y sera. On sera étudiantes, on aura notre carte, un numéro de place avec un sous-main en cuir dans la salle à l'étage. J'ai vu des photos, c'est énorme. Derrière, c'est la Sorbonne. Et juste là-bas, tu vois, à côté de l'église ? C'est le lycée Henri-IV. C'est H4."

dimanche 23 juin 2013

La Falaise - Marie-Florence Ehret

Océane et Agathe sont deux adolescentes de 13 ans, elles sont en 4e. Elles sont toutes les deux amoureuses du même garçon, Mounir, en 3e. Bien qu'elles soient en froid, elles font ensemble leur jogging quotidien sur le chemin des contrebandiers, en haut de la falaise. C'est alors qu'une dispute éclate, le ton monte, Agathe fait un faux pas et tombe de la falaise... Dans le village, Paul, un jeune schizophrène vit dans une cabane avec sa chatte Schizo, il devient le coupable idéal. Le lieutenant Martine Chartres mène l'enquête.

Ce roman policier jeunesse est très agréable à lire. L'histoire est prenante car on sait depuis le début que Paul est innocent et on se demande s'il va s'en sortir car il a avoué le meurtre qu'il n'a pas commis tout simplement parce qu'il avoue tout ce qu'on lui demande. Le personnage d'Océane est très intéressant : je me suis demandé au début pourquoi elle n'avait aucune réaction à l'annonce de la mort de son amie : est-elle folle ? manipulatrice ? le choc la plonge-t-elle dans le déni ? Je l'ai trouvée extrêmement antipathique mais, comme souvent chez ces adolescentes ultra maquillées et froides d'apparence, il y a une faille. Le lieutenant Chartres perçoit cette faille sans trop savoir à quoi elle correspond mais on la comprendra à la fin du roman. Concernant cette faiblesse chez Océane, ne vous attendez pas à quelque chose de convenu, de facile à deviner, Marie-Florence Ehret est suffisamment subtile pour ne pas tomber dans les clichés. J'ai donc eu du mal à m'attacher à Océane, mais, à l'instar du lieutenant Chartres, je l'ai trouvé touchante à la fin.
Au contraire, je me suis d'emblée attachée à Paul, le jeune garçon schizophrène que tout le village accuse, forcément, celui qui est différent est le coupable idéal... La relation qu'il entretient avec sa chatte nommée Schizo est émouvante, elle est tout pour lui. Les chats ont une grande importance dans le roman. Ceux qui, comme moi, les aiment passionnément, seront d'autant plus touchés.
Du point de vue de la forme, j'ai beaucoup aimé la présentation des chapitres dont les titres sont les premiers mots de la première phrase. Par exemple, le titre du chapitre 8 est "Après la crise de la veille et sa nuit blanche, Paul est allé au jardin...", on tourne la page et on peut lire la suite : "...Il n'avait toujours pas envie de dormir." Quant au style de l'auteur, il est fluide et agréable à lire.

Il s'agit d'un roman faisant partie de la sélection 2013-2014 du Prix littéraire des collégiens de Haute-Savoie auquel participeront mes 3e (je m'apprête donc à vivre une année très riche entre ce prix dans le cadre de mon travail et évidemment le prix Elle auquel je participe de mon côté !)

Voici les premières lignes du roman :

"Le Chemin des contrebandiers, dit aussi chemin des douaniers, c'est selon, est presque toujours désert. Rares sont les habitants de Sassetard-le-Mauconduit qui viennent s'y promener. Ils préfèrent le parking du supermarché ou leur jardin bien abrité. Il est vrai que le chemin est étroit et que le vent souvent souffle fort. La mer a toujours l'air un peu en colère. Les mouettes se laissent déporter et reviennent à force d'ailes tourner au-dessus des vagues à la recherche de quelque chose à mettre dans le bec. Parfois un pan de terre s'effondre et glisse rejoindre les rochers, un bloc de falaise se détache et se brise. C'est arrivé à l'automne dernier, juste au dessus de la plage des Estrelles. Heureusement, il n'y avait plus personne en dessous ce soir-là. Pourtant la vue qui s'offre du haut de cette falaise abrupte, dressée face à l'horizon est une merveille. Le soleil y joue tous les jours son grand spectacle de lumière et d'ombre, en complicité avec la mer, le vent et les nuages, immuables dans leur mouvement perpétuel, mais rares sont ceux qui savent s'en réjouir."

Voici deux liens, l'un vers le blog de l'auteure l'autre vers son site.