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samedi 23 novembre 2013

Arrête, arrête - Serge Bramly


Arrête arrête : le titre m’a immédiatement interpellée. Sans trop savoir quel était le sujet du livre, j’étais attirée par lui, comme par esprit de contradiction, on me demande d’arrêter, alors je fonce !
En réalité, le titre est celui d’une chanson de Patricia Carli chantée par Anne-Gisèle à Vincent dans le roman.
Vincent purge sa peine de prison chez lui avec un bracelet électronique. Sans que l’on sache pourquoi (ni nous, lecteurs, ni le frère de Vincent et encore moins la police), il casse son bracelet et part en cavale. Celle-ci l’amènera dans une boîte d’échangisme où il fera une belle rencontre, LA rencontre.

Ce roman est très bref, de ce fait, le style est particulier : les phrases sont courtes, l’écriture est rapide, peu de descriptions mais des sortes de « flash ». Malgré le titre, on ne peut s’arrêter de lire ce roman car la plume de Serge Bramly nous entraîne jusqu’à la fin.
L’auteur ne nous dit pas immédiatement ce qu’a fait Vincent pour être condamné, de ce fait, j’ai eu du mal à apprécier ce personnage. De plus, rien n’est fait pour qu’on l’aime, le narrateur est neutre, il ne force pas nos sentiments envers lui. Pourtant, c’est lui qui nous suivons tout au long de l’histoire. Ainsi, Serge Bramly réussit le tour de force de nous mettre à la place de son personnage auquel on ne s’identifie pas ! Nous sommes plongés, comme lui, dans un monde peu avenant.  Une partie de l’intrigue se déroule dans une boîte d’échangisme, les descriptions n’ont fait que confirmer l’atmosphère sombre, glauque, malsaine de mes représentations : « un entremêlement confus de membres luisants évoquait les tentacules d’une pieuvre. L’activité déployée sécrétait des moiteurs rances » écrit l’auteur pour décrire l’endroit de la boite appelé le « sauna ». Pourtant, c’est dans cette atmosphère qu’apparaît Anne-Gisèle (Vincent croit l'avoir déjà croisée sur les Champs Elysées), une lumière dans les ténèbres, sa peau laiteuse envoute le fugitif et contredit ses plans. De plus, comme pour contrebalancer la noirceur de son roman et peut-être  aussi pour montrer au lecteur que la poésie est partout, l’auteur parsème sa narration de vers poétiques : Verlaine, Beaudelaire, Lamartine et Vigny sont cités. Une femme de la boite échangiste fait ressurgir ce vers dans l’esprit de Vincent : « L’elixir de ta bouche où l’amour se pavane » (« Sed non satiatia », Beaudelaire, Les Fleurs du Mal) ; Serge Bramly a-t-il voulu poursuivre le même but que le poète en transformant la boue en or ?
A plusieurs reprises je me suis sentie un peu mal à l’aise dans cet univers et le fait de ne pas m’identifier une seconde au personnage principal m’a par moment lassée. Mais le roman est très court et on arrive très vite à la fin… Et quelle fin ! Il est absolument impossible de la révéler sous peine de gâcher la lecture mais, selon moi, c’est elle qui donne au  livre tout son intérêt. Arrête arrête est comme une nouvelle dont la chute apporte le sens à l’histoire. Finalement, malgré une lecture par moment peu agréable, j’ai beaucoup aimé ce roman grâce à ses dernières lignes : toute la sensibilité qui m’avait manqué est condensée à cet endroit, j’ai été touchée par les derniers mots. Après avoir refermé le livre, je suis restée un moment rêveuse …


Voici un extrait du roman, il s'agit de la première page :

"Les policiers ne comprenaient pas. Qu'est-ce qui lui avait pris ? Vincent avait pratiquement fini de purger sa peine.
Je ne comprenais pas non plus.
Deux inspecteurs. En blouson, plus jeunes que moi : la trentaine. L'un, le cheveu long, gras. L'autre, le visage flou, rien de mémorable. Leur expression disait : marre de perdre notre temps.
Mes réponses ne leur plaisaient pas. Elle trahissaient moins mon ignorance, semblait-il, qu'une volonté de faire l'idiot, c'est-à-dire le malin.
Vincent avait disparu, après avoir coupé son bracelet électronique. Assigné à résidence, à Nantes ? J'ignorais même qu'on lui avait accordé la conditionnelle."


Cette lecture a été effectué dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire de Priceminister. Je remercie donc vivement Priceminister et les éditions NiL pour cette belle découverte.



4 commentaires:

  1. Les dernière soignes ont l'air de sauver un peu ce roman.

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    1. Oui, c'est cela. Sans les dernières pages, je n'aurais pas aimé ce roman mais ce sont elles qui font tout son intérêt.

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  2. mouai....il ne me tente pas plus que ça pour être honnête Awa!!!

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    1. Il est particulier mais la fin est belle !

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